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Bien’ici Corporate / Actualités / Crise du logement neuf : Pascal Boulanger défend le dispositif Jeanbrun comme levier de relance

23/06/2026
Mises en vente en chute, réservations au plus bas, investisseurs encore attentistes : au premier trimestre 2026, les chiffres de la promotion immobilière confirment un marché du neuf encore sous tension. Reçu dans les locaux de Bien'ici, Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), livre une analyse sans détour de la situation et éclaire les possibles leviers de sortie de crise.


Un marché du logement neuf encore fragilisé au premier trimestre 2026

Les chiffres publiés par la FPI le 12 mai 2026 dressent un tableau préoccupant. Les réservations de logements neufs ont reculé de 14,3 % sur un an, passant sous le seuil symbolique des 20 000 unités, à 19 050 logements. Les mises en vente, elles, s'effondrent à 11 649 logements, le niveau le plus bas jamais enregistré. Quant au taux de retrait d'opérations, il atteint désormais 24 %, soit près d'un quart des programmes suspendus ou abandonnés en cours de commercialisation. 

 

Pascal Boulanger ne cherche pas à enjoliver le constat. « Nous sommes en face de chiffres qui nous laissent sans voix. On n'a jamais atteint un niveau aussi bas. » Une éclaircie, toutefois : les ventes aux investisseurs particuliers progressent de 22,8 % sur un an.

Le contexte géopolitique : premier frein à l'investissement

Pascal Boulanger insiste d'abord : la crise s'inscrit dans un contexte plus large, marqué par l'incertitude économique et géopolitique. « Quand il y a un conflit armé, il y a une inquiétude et il n'y a pas d'investissement de long terme ».

 

Interrogé sur les leviers concrets de sortie de crise, le président de la FPI cite naturellement le dispositif Vincent Jeanbrun, entré en vigueur le 21 février 2026. Mais, une semaine après son lancement, les tensions au Moyen-Orient s'aggravent brutalement. « On savait par expérience que ça allait geler les décisions. » Sans confiance, les ménages reportent leurs projets et lorsque les investisseurs ne se projettent plus, c'est tout le marché locatif et la production neuve qui ralentissent. Un climat d'incertitude qui survient alors que la profession attendait beaucoup de ce nouveau statut du bailleur privé pour relancer l'investissement locatif après la fin du Pinel.

Le dispositif Vincent Jeanbrun : un levier attendu mais encore trop peu visible

Le dispositif Jeanbrun fait bien partie des leviers attendus par la profession. « On l'a voulu, on s'est même battu. La FPI a mouillé le maillot pour obtenir ce dispositif. »

 

Concrètement, le dispositif Jeanbrun permet à un particulier qui achète un logement, neuf ou ancien à rénover, de déduire chaque année une partie de son prix de ses revenus fonciers. C’est le principe de l'amortissement. En contrepartie, il s'engage à louer le bien nu, en résidence principale, pendant au moins neuf ans et à un loyer plafonné. Et contrairement au Pinel, le dispositif s'applique partout en France, sans condition de zonage.

 

Pourtant, les premiers effets restent en deçà des espérances. Pascal Boulanger pointe deux freins. D'abord une confusion sur son application : « Beaucoup d'investisseurs pensaient qu'il fallait des décrets d'application. Non, le dispositif est d'application immédiate depuis le 21 février. » Ensuite, un manque de relais médiatique dans un contexte où l'actualité internationale occupe tout l'espace. « Ce dispositif manque de visibilité. On compte sur les acteurs comme Bien'ici pour nous aider à en parler. » C'est précisément là que les professionnels de l'immobilier ont une carte à jouer : expliquer, rassurer et rendre le dispositif compréhensible pour les futurs acquéreurs.

Proposition de loi Valérie Létard : des ajustements pour rendre le dispositif plus efficace

Le dispositif Jeanbrun n'est pas figé. Depuis son entrée en vigueur, la FPI et le gouvernement se sont déjà réunis à trois reprises pour le faire évoluer.
 

La proposition de loi Valérie Létard, adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale le 28 mai 2026, concrétise une partie de ces attentes dans le logement ancien. Premier changement : l'ouverture du dispositif aux maisons individuelles dans l'ancien, jusqu'ici exclues. Second changement, sur le seuil de travaux : le texte initial prévoyait de l'abaisser de 30 % à 20 % du prix d'acquisition, mais un amendement voté en séance est allé plus loin en supprimant tout seuil. Désormais, ce sont les performances énergétiques qui priment : les travaux devront permettre un gain de deux classes au DPE pour les logements classés F ou G, et d'une classe pour les autres.
 

Pascal Boulanger défend d'autres chantiers encore en discussion. « Il n'était pas possible de louer aux ascendants et descendants : c'est une piste qui va sûrement être mise en place. » Il plaide aussi pour un relèvement des taux d'amortissement et la suppression du plafond de 8 000 €. Mais c'est sur le plafond d'imputation des déficits qu'il se montre le plus offensif : « Aujourd'hui, c'est plafonné à 10 700 €. En rénovation énergétique, vous pouvez faire le double, soit 21 400 €. Le neuf est par définition très efficient en économie d'énergie, et on ne l'a pas. C'est une hérésie. » Autant d'ajustements qui peuvent faire la différence et transformer ce dispositif en un véritable outil de relance sur le terrain.

Un message d'espoir pour toute la filière

Malgré la crise, Pascal Boulanger tient à retenir une perspective positive. D'abord parce que le logement est revenu au cœur de l'agenda politique. Ensuite parce que la profession est aujourd'hui davantage écoutée par les pouvoirs publics. « Avant la dissolution, certains ministres pensaient que le mal du logement français était dû aux promoteurs. Aujourd'hui, tout ça est très loin derrière nous », observe-t-il.
 

Le marché reste difficile, les marges budgétaires limitées et l'absence de majorité parlementaire complique les réformes. Pourtant, la prise de conscience semble réelle et le besoin de logements demeure immense. Pour les promoteurs, l'enjeu des prochains mois sera double : continuer à s'adapter à un marché contraint, tout en s'appuyant sur les nouveaux leviers disponibles. « On fait un métier utile, nécessaire et noble, et il y a un réel besoin. Donc le message d'espoir, c'est : on va finir par y arriver. »